Ifpo

[medihal-01767872] Fonds Ifpo, Bamuqqa - Khalil Sadek

Archives ouvertes de l'Ifpo - 21 avril, 2018 - 10:48
24x36 mm, gélatine plan-film
Catégories: Ifpo

[medihal-00786696] Provient du tombeau dit Qasr el al Abyad, torse de statue en costume palmyrénien vue de profil, (Palmyre, Syrie)

Archives ouvertes de l'Ifpo - 18 avril, 2018 - 19:26
Mission archéologique française à Palmyre. 1923. Gélatine (9x14)
Catégories: Ifpo

[medihal-00781488] Bas relief avec chameau (Palmyre, Syrie)

Archives ouvertes de l'Ifpo - 18 avril, 2018 - 19:26
Mission archéologique française à Palmyre. ca 1930. Plaque (13x18)
Catégories: Ifpo

[medihal-00786722] Stèle avec buste masculin mutilé, inscription latine au-dessous (cavalier Julianus) (Palmyre, Syrie)

Archives ouvertes de l'Ifpo - 18 avril, 2018 - 19:26
Mission archéologique française à Palmyre. ca 1930. Gélatine (9x14)
Catégories: Ifpo

Les pressoirs de Syrie du Nord

Carnets de l’Ifpo - 2 avril, 2018 - 11:00

Ce billet est le verbatim de la conférence donnée par Olivier Callot au Salon du livre francophone de Beyrouth le novembre 2017 à l’occasion de la publication aux presses de l’ifpo de son ouvrage sur les pressoirs antiques de Déhès (Syrie du nord).

Je ne vous expliquerai pas ici en détail comment fonctionnaient les pressoirs à vin ou à huile de Déhès dans le Massif Calcaire de la Syrie du Nord. Pour cela vous avez Déhès II. Les pressoirs. J’ai préféré, dans cette intervention, vous présenter une petite chronique, peut-être un peu décousue, des différentes circonstances qui m’ont mené à cette publication. Ainsi, normalement devrais-je me présenter à vous, tel un bourgeois de Calais, en chemise et la corde au cou. En effet, c’est dans cette tenue que les condamnés devaient faire amende honorable avant d’être brûlés en place de Grève ou pendus à un quelconque gibet de Montfaucon. Toutefois j’ai jugé bon de garder une tenue plus discrète pour vous éviter un spectacle à la fois hollywoodien et certainement de très mauvais goût. Je vais donc simplement essayer de vous raconter l’histoire d’une erreur et même d’une faute qu’à mon grand regret j’avoue avoir commise.

En 1984, je faisais paraître dans cette belle collection qu’était celle de l’Institut d’Archéologie de Beyrouth à l’époque, devenu depuis l’Ifapo et aujourd’hui l’Ifpo. Je faisais donc paraître un ouvrage intitulé Huileries antiques de la Syrie du Nord qui, lors de sa parution, fut assez bien accueilli et, pourtant, il me faut l’avouer, cette étude est en bonne partie fausse.

Mais, revenons quelques années en arrière. En 1964 j’étais un jeune et timide étudiant à l’Ecole d’architecture de Strasbourg, qui dépendait alors de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Passionné d’histoire ancienne et d’archéologie, mais sans la moindre expérience, je suivais en auditeur libre les cours de Daniel Schlumberger, alors professeur à la Faculté des Lettres de Strasbourg. Comme il se trouvait que, par ma mère, j’avais avec lui un lointain cousinage, je le voyais souvent chez lui. Si bien que lorsqu’en 1966 il fut nommé directeur de l’Institut d’Archéologie de Beyrouth pour succéder à Henri Seyrig, il me proposa de participer à une mission archéologique. Il tint parole et je fis mon premier voyage, en avion et en Orient, pour arriver à Beyrouth en juin 1967, afin de participer à la mission de Haute Syrie que dirigeait alors Georges Tchalenko (fig. 1). Ce dernier était alors le spécialiste incontournable (comme on dit de nos jours) de la région que l’on appelle le Massif Calcaire de la Syrie du Nord. Son vaste ouvrage en trois volumes – Villages antiques de la Syrie du Nord – paru entre 1953 et 1958, était considéré, comme l’a souligné Maxime Rodinson, comme un modèle du genre. Cela faisait donc de lui un savant reconnu et quasi intouchable.

Fig. 1 : Georges Tchalenko (au centre, en 1968, à l’hôtel Baron d’Alep) et Henri Seyrig (à gauche en 1966, à droite avant guerre). Photothèque de l’Ifpo.

Georges Tchalenko était un personnage complexe et d’un abord parfois difficile (on m’avait d’ailleurs mis en garde). Né en 1905 à Saint Petersbourg, il était russo-ukrainien par son père et finnois par sa mère. Après avoir fui la Russie dans les années 20, il réside quelques temps en Finlande devenue indépendante. En 1931, il obtient son diplôme d’ingénieur-architecte à Brunschwig, en Allemagne. Il travaille quelque temps avec des membres du Bauhaus tels que Walter Gropius ou Mies van der Rohe. En 1933, pour des raisons politiques, il se voit contraint à fuir l’Allemagne, ce qu’il fait à bicyclette, jusqu’au Danemark. Puis, de là, on le retrouve en 1934 sur les fouilles danoises de Hama dirigées par Harald Ingholt. Remarqué par Henri Seyrig, alors Directeur des Antiquités du Mandat sur la Syrie et le Liban, il entre dans ce service en temps que dessinateur puis architecte en 1934-35. On le retrouve ainsi à Palmyre, mais surtout, depuis 1938 dans le Massif Calcaire de la Syrie du Nord où il dirige les restaurations de Saint Syméon le Stylite et de Qalblozé. À la fin des années 30 il collabore aussi avec Jean Lassus sur le site de Brad. Se passionnant pour cette région particulièrement attachante il parcourt les différents djebels en long et en large (fig. 2), relevant des monuments et prenant quantité de photos qui enrichiront sa très riche documentation. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Seyrig le garde dans l’Institut qu’il vient de créer à Beyrouth dans la belle maison Beyoum (fig. 2), si chère au cœur de bien des archéologues. C’est à ce moment, comme il avait un statut d’apatride, qu’il obtient la nationalité libanaise ainsi que son épouse Gerda  (pour l’anecdote notons que son fils, né en Angleterre avant guerre, était, lui, sujet britannique). C’est durant cette période qu’il élabore son vaste ouvrage sur les villages du Massif Calcaire. Il le rédige en allemand et en établit la version française avec l’aide, et je dirai même la complicité, d’Henri Seyrig.

Comme Georges Tchalenko me l’a souvent avoué il était tombé sous le charme et peut être plus de cette région qui, je le reconnais également, est particulièrement attachante. Cet engouement a fait qu’il a voulu à tout prix en faire une région différente des autres, dotée d’une société et surtout d’une économie toute particulière qui, aux Ve et VIe siècles, était entièrement consacrée à la monoculture de l’olivier et à la production d’huile d’olive. L’abondance des pressoirs, déjà soulignée par les premiers explorateurs de ces montagnes – Melchior de Vogüé ou Howard Crosby Butler – était là pour le confirmer. Ces interprétations n’étaient pas pour déplaire à Henri Seyrig qui fut toujours amateur de théories audacieuses énoncées par des personnages parfois un peu marginaux qu’il se plaisait à promouvoir. Ce sont aussi ces conclusions qui ont séduit Maxime Rodinson, qui voyait dans son ouvrage une « pierre angulaire de la science ».

Fig. 2 (de gauche à droite) : G. Tchalenko vers 1940 à Bashmishli ; la maison Bayoum, à Beyrouth ; G. Tchalenko à Déhès, en 1966, lors de la visite des gendarmes (photothèque de l’Ifpo)

Quelques années après la parution de ses « Villages », en 1966, Tchalenko entreprend de faire lever par des topographes les plans de trois villages – Me’ez, Sergiblé et Déhès –  dont il souhaitait faire les monographies. La mission de 1967 avait pour but d’achever le plan de Déhès en complétant tous les détails qui ne figuraient pas sur le simple plan topographique. C’est à cette campagne que je fus attaché de juin à novembre. Comme je le disais au début, j’étais à ce moment un jeune étudiant en architecture, ce qui voulait dire pas grand chose, n’ayant jamais travaillé sur le terrain et même n’ayant jamais exécuté un relevé. Pourtant Georges Tchalenko avec qui, contre toute attente, je m’entendais fort bien, me confia un programme précis avec pour simple consigne : « débrouillez-vous » (pour rester poli). Je devais relever la petite église secondaire dite ouest, les tombes et, surtout, les pressoirs (j’y arrive enfin !). Mon travail consistait à ne relever que ce qui était visible de ces pressoirs sans me soucier de ce qui était masqué par de la terre ou des effondrements de blocs. Tchalenko m’expliquait que cette région avait été entièrement consacrée à la monoculture de l’olivier, à la production d’huile et à son commerce et ce, dès l’époque romaine. Donc, à Déhès, comme dans tous les villages voisins, les pressoirs étaient des huileries. Dans les années 40 il avait dégagé l’un d’eux dans le village de Behyo dans le djebel voisin de il A’la à proximité de Qalblozé. C’est cette installation qui, dans son ouvrage, illustre le chapitre sur les pressoirs. C’est apparemment le seul qui ait été fouillé et étudié et cela paraissait suffisant ! Malgré cela, en 1967, je commençais à faire dégager l’un d’eux. Mais cette tentative fut instantanément arrêtée par un ordre sec et impératif : pas de dégagement des pressoirs, il suffit de les indiquer tels quels sur le plan puisque ce sont des huileries dont on connaît le mécanisme de fonctionnement, point final ! J’ai tout de même pu constituer un petit dossier concernant 16 pressoirs sur les 23 identifiés à cette époque. Mais, je le rappelle, sans aucun dégagement ce qui, bien entendu n’était guère propice à une étude détaillée.

Fig. 3 : O. Callot à Brad en 1968 (photothèque de l’Ifpo)

Les années qui suivirent cette première mission, c’est à dire entre 1968 et 1970, furent surtout consacrées à l’étude des églises de villages dites « à bêmas » (fig. 3). Ces bèmas étaient des sortes de tribunes aménagées au centre des nefs sur lesquelles je ne m’étendrai pas aujourd’hui. Toutefois, entre deux bèmas, je continuais à m’intéresser aux pressoirs si nombreux dans tous les villages que je parcourais. Je prenais des notes, faisais des relevés, mais toujours sans procéder à la moindre fouille ! Georges Tchalenko m’avait conseillé de m’intéresser à cette question encore très peu exploitée dans le monde archéologique de cette époque. En effet, il n’existait que des travaux limités, en particulier sur l’Afrique du Nord, ou quelques allusions dans des articles ou des rapports de fouilles, mais il n’existait aucun travail de synthèse. Je fus aussi encouragé dans cette recherche par les deux grandes figures que furent Daniel Schlumberger et, surtout, Henri Seyrig. À ce propos je me souviens d’un passage chez ce dernier en 1971 dans son bel appartement de Neuchâtel où nous eûmes une longue discussion sur ce sujet, mais, bien sûr, il s’agissait toujours d’huileries.

En 1973 j’entrais au CNRS et mon directeur du moment, Jean Pouilloux, me conseilla d’utiliser ma documentation pour en faire une thèse qui ne fut soutenue qu’en 1979 et publiée en 1984 grâce à Ernest Will et Georges Tate. Ce furent mes tristement célèbres Huileries antiques de la Syrie du Nord. Toutefois, à ce moment, ce travail avait été bien accueilli et j’eus même droit à des félicitations et c’est peut-être un peu présomptueux de ma part de penser que j’avais un peu fait un travail de pionnier.

Durant les années qui suivirent, mes activités archéologiques s’éloignèrent nettement des pressoirs. Pourtant, c’est à partir des années 1990-2000 que les recherches sur les pressoirs antiques se multiplièrent dans de nombreuses régions tout autour du bassin méditerranéen. Les publications se multiplièrent et je citerais, tout particulièrement, celles de Jean-Pierre Brun, aujourd’hui professeur au Collège de France,  sur Le vin et l’huile dans la méditerranée antique (2003) ou Archéologie du vin et de l’huile dans l’Empire romain (2004). Dans son chapitre sur la Syrie du Nord c’est avec une bienveillante discrétion qu’il met en doute le fait que ces pressoirs aient tous été des huileries. D’autres chercheurs, moins charitables, ont carrément affirmé que je m’étais lamentablement trompé. Quant à moi, à ce moment, je demeurais persuadé que les théories de Tchalenko restaient les bonnes.

C’est en 1987 que Georges Tchalenko nous a quitté. Comme il me l’a souvent dit, à part Henri Seyrig, il n’avait jamais beaucoup aimé la France et les Français qui, selon lui, n’ont pas été assez reconnaissants à son égard. Mais il vaut mieux oublier tout cela…

C’est en 1998 que Georges Tate, alors directeur de la Mission archéologique de la Syrie du Nord, me fit une proposition qui allait tout changer. Il me demandait en effet de me joindre à l’équipe qui, sous la responsabilité de Bernard Bavant, étudiait le site de Déhès où j’avais fait mes premières armes en 1967. Il souhaitait que j’étudie les pressoirs de ce village et, pour cela, il me donnait les moyens de les fouiller. Et, pour accompagner cette proposition, il me confiait un petit dossier concernant 16 pressoirs retrouvés dan les archives Tchalenko  déposées à Damas. Vous n’imaginez pas quelle fut mon émotion lorsqu’en ouvrant ce dossier j’y trouvais mes relevés de 1967. Ainsi je pu enfin fouiller en détail les pressoirs de ce village, ce que je fis au cours de huit campagnes d’environ un mois chacune en 1998 et de 2004 à 2010. En 1967, nous comptions 23 installations, 29 en 2009, et nous pûmes en fouiller 20 avant que les tristes événements qui ravagent la Syrie nous obligent à arrêter nos travaux.

C’est toujours persuadé qu’il s’agissait d’huileries que j’entrepris ces fouilles sans trop me poser de questions. Toutefois, à mesure de leur progression nous ressentions, mon collègue Bernard Bavant et moi-même, une curieuse impression, un peu comme s’il y avait des ratés dans le moteur, et nous nous disions de plus en plus souvent « et si M. Brun avait raison quand il disait que certains de ces pressoirs étaient plus destinés aux raisins qu’aux olives ». Cependant, bien que pressentant quelque chose, ce n’est que pendant la dernière campagne, en 2010, que j’ai fini par admettre mon erreur, et quelle erreur ! Sur les 29 pressoirs de Déhès, seulement trois étaient des huileries, les autres étaient certainement des pressoirs à raisins.

À présent je vais essayer de vous expliquer, de façon très simplifiée ce qui caractérise ces deux types de pressoirs. Je serai cependant assez bref car, d’une part, le développer de façon trop détaillée nous entraînerait beaucoup trop loin et, d’autre part, vous ne consulteriez pas mon livre. Voyons d’abord les olives. Pour la fabrication de l’huile il fallait procéder à deux opérations successives : le broyage suivi du pressurage, ce qui s’effectuait avec deux appareils différents : un moulin et une presse comme on peut le voir dans le pressoir n°6 de Déhès (fig. 4). Les trois huileries que nous avons fouillées à Déhès (n°6, 22 et 28) sont toutes de ce type et doivent dater de l’époque romaine (IIe – IVe siècles). Seul ce pressoir n°6 a été modernisé et doté d’une presse dite à vis. Les autres ont été abandonnées probablement dès le IVe siècle.

Fig. 4 : proposition de reconstitution du pressoir P.6 de Déhès, moulin et presse « à treuil suspendu » (O. Callot).

Quant aux pressoirs à raisins, il en existe de différents types correspondant à une lente évolution des techniques dans le temps. Les premières installations, d’époque romaine, étaient de simples bassins taillés dans le roc où les raisins étaient foulés aux pieds puis, un peu plus tard ont eu l’idée de les écraser avec des rouleaux en pierre (P. 15, fig. 5). Puis, à mesure que la culture de la vigne se développait, on a adopté des méthodes plus performantes avec des installations dotées de presses, probablement inspirées de celles à olives, où les leviers étaient entraînés par des treuils (par exemple P.10, fig. 5).

Fig. 5 : Déhès, bassin et rouleaux du pressoir P.15 (à gauche) et proposition de reconstitution du pressoir P.10 (O. Callot).

Enfin, probablement dès le IVe siècle, mais surtout au Ve, ces presses à treuils furent finalement remplacées par des appareils encore plus puissants où le levier était manœuvré par des vis liées à un lourd contrepoids (par exemple P. 13 ou P.12, fig. 6).

Fig. 6 : Déhès, reconstitution du pressoir à raisin P.13 (à gauche) et détail (à droite) de la pierre d’ancrage du pressoir P.12 (O. Callot).

Ces presses étaient établies dans de grands bassins taillés dans le roc où la niche destinée à caler le levier était placée dans son axe (par exemple P. 9). C’est d’ailleurs la présence du bassin et du levier axé qui caractérisent les presses à raisins. Les grappes devaient être placées dans des sortes de caisses ajourées en bois puis soumises à la pression du levier (par exemple P. 21). Elles exprimaient leur jus qui se déversait dans des recettes. 

Fig. 7 : Déhès, axonométrie du pressoir P.9, à niche axée (à gauche) et restitution du pressoir P.21 (O. Callot).

Ces dernières qui, elles aussi, caractérisent les pressoirs à raisins, étaient des citernes dont la capacité n’était jamais inférieure à 1000 ou 1500 litres (il y en a même une qui pouvait contenir plus de 5000 litres) (par exemple P. 10). Je vous montre ici cette petite grille taillée dans le rocher dans l’orifice qui relie le bassin à la recette dans le pressoir 26. Si nous étions dans une huilerie, cette grille n’aurait jamais pu retenir les noyaux et les pulpes d’olives. En revanche elle convient parfaitement pour des tiges de grappes. C’est certes un très petit détail, mais ô combien éloquent !

Fig. 8 : Déhès, ouverture de la recette du pressoir P.10 (à gauche) et détail (à droite) de la grille séparant le bassin de la recette du pressoir P.26 (O. Callot).

Je remarquerai aussi que toutes ces installations, huileries ou pressoirs à raisins, sont établies dans des zones rocheuses où les différents équipements pouvaient être réalisés. Mais ce qu’il est intéressant de noter c’est que toutes les transformations ont toujours été effectuées dans le pressoir d’origine, quitte à le reconstruire presque entièrement. C’est vous dire la valeur que devaient avoir ces emplacements (par exemple P. 10). Encore un dernier point et certainement pas des moindres, c’est l’intérêt de la fouille par rapport aux idées reçues. Ce simple exemple (le pressoir P.13, avant et après la fouille, fig. 9) en dit suffisamment long.

Fig. 9 : Déhès, le pressoir P.13, avant et après la fouille (O. Callot)

Enfin, pour élargir le débat, on remarquera qu’à l’époque romaine,  et même hellénistique, on peut proposer, dans ces montagnes, l’hypothèse d’une agriculture où ni la vigne ni l’olivier n’avaient un rôle prépondérant, mais participaient simplement à une économie agricole basée sur la polyculture et l’élevage. Ce serait à partir du IVe siècle que la vigne est devenue une culture dominante et c’est à ce moment que l’on construit la plupart des pressoirs à treuils puis à vis destinés à une très importante production et certainement à une exportation vers les grands centres urbains voisins comme Antioche, situé à seulement une quarantaine de kilomètres de Déhès. En revanche ce n’était certainement pas le cas pour l’huile dont la production a production devait à peine suffire à la consommation du village.

On a souvent écrit, et Georges Tchalenko comme les autres, que l’économie du Massif Calcaire n’avait pas survécu à l’invasion arabe du VIIe siècle, qui aurait empêché tout commerce lointain. Et là je m’inscris en faux, comme je l’avais déjà écrit dans ma thèse à propos de l’huile. D’une part, il ne s’agissait pas d’huile, mais de vin et, d’autre part, un commerce lointain n’a probablement jamais existé et les débouchés commerciaux, beaucoup plus proches, étaient toujours là. J’en veux pour preuve, à Déhès, mais certainement dans bien d’autres villages, la construction ou la reconstruction de pressoirs nouveaux au début du VIIe siècle, c’est à dire sous domination Omeyyade. Les fouilles menées de 1976 à 1978 par Jean-Pierre Sodini et Georges Tate à Déhès ont très bien montré que ce n’est qu’à l’époque Abbasside, au IXe siècle, que s’amorce le déclin, cette fois irrémédiable, de cette région qui ne sera définitivement désertée qu’au moment des croisades aux Xe et XIe siècles.

Avant de conclure je souhaiterai rendre un hommage, peut-être un peu tardif, à Jean Sauvaget qui, dès 1941, avait écrit que la prospérité de ces montagnes venait de la culture de la vigne. Hypothèse qui, sans commentaire, avait été qualifiée d’erreur par Tchalenko.

Voilà, j’ai terminé cette petite et peut-être un peu trop longue chronique. Cette mise au point n’est pas vraiment à l’honneur de son auteur, mais il me fallait la faire. Enfin, je conclurais avec un souhait : celui que l’on retourne un jour à Déhès pour pouvoir, dans la paix, achever cette étude trop brusquement interrompue. Cela se fera probablement sans moi, mais les jeunes ne manquent pas…

Olivier Callot

Beyrouth le 8 novembre 2017

À propos du livre d’Olivier Callot :

« Déhès II : les pressoirs, Olivier Callot », collection Bibliothèque archéologique et historique (BAH) 210, ISBN : 978-2-35159-732-3

Quand l’huile se transforme en vin : les pressoirs de Déhès

Pour citer ce billet : Olivier Callot, « Les pressoirs de Syrie du Nord », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), le 02 avril 2018. [En  ligne] http://ifpo.hypotheses.org/7765

Olivier Callot est Directeur de recherche honoraire au CNRS, chercheur émérite et membre associé du laboratoire Hisoma et de l’Ifpo.

Page personnelle et bibliographie sur le site du laboratoire Hisoma : http://www.hisoma.mom.fr/annuaire/callot-olivier

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Comment informer différemment en contexte autoritaire ? Encadrement de la profession et innovations journalistiques en Jordanie

Carnets de l’Ifpo - 27 mars, 2018 - 19:03

7iber (https://www.7iber.com/)

« Dans les années 80, si on voulait une information indépendante en Jordanie, on écoutait RMC Moyen-Orient. »

Suleyman Sweiss, directeur de la l’Association jordanienne pour les droits de l’Homme, 17 février 2017

Des années 1980 à aujourd’hui, le paysage médiatique jordanien a bien changé avec l’arrivée des chaînes satellitaires et d’Internet, deux révolutions qui ont bouleversé la production de l’information. À première vue, on pourrait penser que l’accès à l’information s’est fortement démocratisé, notamment depuis 1989, date de « l’ouverture démocratique » du système politique jordanien. La liberté de la presse étant garantie par la monarchie, on pense alors que les médias ont gagné leur indépendance et que les journalistes vont pouvoir affirmer leur rôle de contre-pouvoir, et abandonner celui de porte-parole du régime. La réalité est telle que, trente ans plus tard, les autorités politiques exercent une influence constante sur la sphère médiatique, en particulier en encadrant la profession via la définition d’une « bonne manière » d’être journaliste.

Cet article résume une recherche réalisée dans le cadre du Master 2 « Expertise Politique Comparée » de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, et basée sur une enquête de terrain de trois mois (janvier-mars 2017) à Amman. Mon postulat de départ est l’homogénéité de la production des grands médias jordaniens (TV, presse écrite et radio) qui serait le résultat direct d’un contrôle du régime dont je vais détailler les mécanismes.

À partir de ce point de départ, je me suis interrogé sur les moyens dont les Jordaniens disposent pour s’informer différemment sur leur pays. Ainsi, je me suis rendu compte qu’une forme innovante de journalisme était en train d’émerger par le biais d’Internet, « arène d’expression la plus libre et la plus authentique du pays » selon une journaliste jordanienne en free-lance.

J’ai donc circonscrit mon objet d’étude aux médias numériques non-gouvernementaux, suivis par de très nombreux Jordaniens, qui ont en commun de ne pas bénéficier de financements publics et qui ont l’ambition de proposer une offre médiatique différente de celle des grands médias nationaux. On compte à peu près 400 médias numériques en Jordanie, mais seulement une vingtaine sont des médias professionnels avec des journalistes salariés.

Au cours de mon enquête, je me suis focalisé sur cinq d’entre eux, à savoir 7iber, ARIJ, Akhbareek, Aramram et JO24.

L’encadrement de la profession et la « bonne manière » d’être journaliste

On ne peut pas comprendre l’existence et le sens de ces médias numériques non-gouvernementaux, si l’on ne se penche pas sur les mécanismes de contrôle exercés par le régime jordanien sur la profession journalistique.

Cet encadrement de la profession par les autorités jordaniennes peut être résumé par deux injonctions.  D’abord, la Loi sur la Presse et les publications de 1998 (principale loi sur la régulation de la presse en Jordanie) stipule que tout journaliste doit être enregistré à la Jordan Press Association (JPA), le syndicat national des journalistes. Cette condition est d’autant plus importante que l’indépendance de la JPA est très fortement questionnée par plusieurs rapports internationaux qui dénoncent la proximité entre le gouvernement et le syndicat. Ensuite, tous les médias, et les médias électroniques n’échappent pas à la règle, « doivent être enregistrées et sous licence auprès du ministère de la Presse et des Publications » (Art.49 Loi sur la Presse et les publications). Comme si ces deux injonctions ne suffisaient pas pour encadrer la profession, les autorités jordaniennes ont amendé la Loi sur la Presse en 2012 en posant une nouvelle condition, puisque le « rédacteur en chef du média doit être membre de la Jordan Press Association depuis au moins quatre ans ».

Perçu comme un « retour à la loi martiale » pour B., journaliste jordanien d’opposition, cet amendement vise surtout à limiter la production des nouveaux médias numériques qui sont en nombre croissant et inquiètent les autorités.

Si le débat public semble se déplacer sur internet et notamment sur ces médias numériques, les autorités jordaniennes tentent d’adapter leur contrôle aux changements du paysage médiatique, en modifiant la législation. A titre d’exemple, la loi sur les « crimes électroniques » de 2010 est souvent utilisé contre les journalistes pour sanctionner tout propos considéré comme diffamatoire, contraire aux valeurs islamiques ou susceptible d’affaiblir le régime (« undermine the regime »).

En plus de cela, la loi antiterroriste révisée en 2014 élargit la définition du terrorisme à « toute action qui pourrait mettre en danger les jordaniens en utilisant internet ou les médias » (3-b).

On retrouve ici les caractéristiques d’un « dispositif légal de restriction » décrit par Olivier Koch dans son analyse du contrôle établi par le régime de Ben Ali sur les journalistes tunisiens.

Dans le cas jordanien, les termes juridiques sont assez flous pour être utilisés dans une multitude de contextes, ce qui facilite l’arbitraire du régime à l’égard des journalistes et contribuent à une « disciplinarisation des pratiques journalistiques ».

Selon Suleyman Sweiss, directeur de l’association jordanienne pour les droits de l’homme « Les journalistes ont l’impression qu’ils peuvent être accusés pour toutes leurs publications, pour un article ou un autre. Ils vivent constamment avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête ».

Le contrôle exercé par le régime sur les journalistes entraîne inévitablement l’autocensure de ces derniers, surtout que les pressions psychologiques sont importantes, comme le souligne le directeur d’un grand média numérique jordanien, « il n’est pas rare que l’on reçoive un coup de téléphone de temps en temps pour nous dire de traiter tel sujet plutôt qu’un autre ».

Si la liberté de la presse est inscrite dans la Constitution et garantie par la monarchie, la réalité de la pratique journalistique démontre bien un encadrement de la profession par le régime qui impose une « bonne manière » d’être journaliste.

Pour sortir de ce cadre imposé, certains journalistes innovent par le biais des médias numériques pour informer différemment sur leur pays. J’ai décidé de me focaliser sur le cas particulier du média jordanien 7iber qui est, selon moi, l’exemple le plus parlant de l’émergence d’un journalisme innovant dans le pays.

7iber sur Soundcloud

Le média 7iber a été créé en 2007 par de jeunes blogueurs jordaniens. Le mot 7iber, que l’on prononce hiber signifie « encre ». Le 7 vient du fait que la lettre arabe ح, qui n’a pas d’équivalent dans l’alphabet latin, correspond à la touche 7 d’un clavier d’ordinateur. En 2007, 7iber se présente comme une plateforme citoyenne qui laisse la place aux contributions des lecteurs et qui dénote par sa liberté de parole. Le média s’impose rapidement comme une arène d’expression alternative pour tous les déçus des grands médias nationaux, et prend un essor considérable au cours des mouvements populaires de 2011-2012. En dix ans, le visage de 7iber s’est totalement transformé, d’un site d’information participatif vers un « magazine électronique qui promeut un journalisme professionnel, critique, transparent et fondé sur des valeurs progressistes », comme l’affirme Du’a ‘Ali, jeune journaliste jordanienne et rédacteur en chef du média.

Sortir du cadre imposé, réinventer le journalisme en Jordanie

Les journalistes de 7iber mettent constamment en avant le professionnalisme du média, parce que l’amalgame est souvent fait entre journalisme numérique et journalisme citoyen voire journalisme amateur.

Pour sortir du cadre imposé par le régime et combler un vide dans le paysage médiatique jordanien, ils soulignent leur neutralité, leur transparence, leur indépendance et la vérification systématique de leurs informations.

« 7iber est un média critique, qui questionne ce qui est établi dans notre société, qui pose le regard là où les gens ne regardent pas habituellement » affirme Mariam Tullic, journaliste jordanienne.

Effectivement, 7iber ouvre le débat sur des questions relativement taboues ou peu discutées, même si elles sont prégnantes dans la société jordanienne. Des sujets de société comme le suicide, le viol, les crimes d’honneur, l’addiction aux drogues ou la peine de mort sont interrogés au moyen d’enquêtes longues et fouillées basées sur des entretiens avec des témoins ou des victimes. Des questions plus politiques et presque intouchables sont également soulevées comme le poids de la loi tribale, les pouvoirs du roi, les relations diplomatiques avec Israël, la censure, le terrorisme ou encore le rôle de l’armée. Les journalistes de 7iber construisent donc un média innovant à la fois sur le fond, par les thèmes abordés, et sur la forme, par les outils utilisés et la proximité avec le lectorat.

7iber est un média qui ne peut exister que sur internet du fait de sa liberté de parole.

Mais les journalistes ont fait de l’outil numérique leur force en réinventant un format journalistique plus libre, et en utilisant des outils audio-visuels multiples qui contribuent à la richesse de leur production. Ainsi, les articles sont souvent accompagnés de reportage-photo, de vidéos explicatives, de cartes ou de graphiques réalisés par l’équipe, ainsi que d’enregistrements audio des entretiens.

L’identité de 7iber est forgée à partir d’une certaine conception du « slow journalism » adapté au contexte jordanien, c’est à dire une volonté de prendre le temps pour le choix et le traitement des sujets, afin de ne pas succomber à la spirale de l’urgence et de l’information en continu.

Les journalistes prennent du recul sur le traitement de l’information fait par les autres médias, et décident de publier moins d’articles (entre 10 et 15 par semaines), mais sous un angle différent, avec un format plus long, des enquêtes plus fouillées.

L’innovation sur la forme journalistique passe également par l’aspect participatif du média.

7iber est né comme une plateforme citoyenne et, malgré la progressive professionnalisation de l’équipe, le média conserve une volonté de faire parler les lecteurs, de les inclure dans la discussion. Ainsi, des débats sont régulièrement organisés pour aborder des questions traitées dans les articles. De même, on trouve sur le site de 7iber un calendrier des événements culturels, politiques ou sportifs choisis par la rédaction et où les journalistes et lecteurs se retrouvent, formant une sorte de communauté 7iber.

Un modèle économique qui fait débat

La liberté de parole propre à 7iber comme à d’autres médias numériques non-gouvernementaux tient à leur modèle économique. 7iber ne bénéficie ni de fonds publics ni de recettes publicitaires et ce afin de garantir une certaine indépendance à l’égard du régime et des grands acteurs économiques dans l’arène nationale.

Le média fonctionne donc grâce à des financements extérieurs octroyés par des bailleurs de fonds occidentaux. Ainsi, 7iber est soutenu par des organisations et des fondations internationales (Fonds européen pour la démocratie, Open Society Foundation, International Media Support), des agences de développement (Agence suédoise de coopération internationale pour le développement) et directement par des États étrangers, comme la Suisse ou les Pays-Bas, par le biais de leurs ambassades en Jordanie.

International Media Support

Comme j’ai pu le constater au cours de nombreux entretiens, ce modèle économique fait débat au sein même de la profession journalistique. Les médias bénéficiant de financements étrangers sont critiqués par la majorité des journalistes des grands médias jordaniens. Reprenant un discours anti-impérialiste, ils accusent les bailleurs de fonds étrangers d’influencer directement la ligne éditoriale des médias concernés et d’imposer aux journalistes des sujets à traiter, ainsi que des codes professionnels à respecter. Pour ces journalistes, les bailleurs de fonds étrangers apparaissent comme des « entrepreneurs de normes médiatiques ». Les médias bénéficiant de financements étrangers rejettent ces accusations mais ils sont contraints de les prendre en compte dans leur discours. Ainsi, au cours d’entretiens, plusieurs journalistes des médias étudiés ont mis en avant leur patriotisme et leur indépendance vis-à-vis des organisations occidentales. Si ce discours patriotique fait sans doute partie d’une stratégie pour se détacher des bailleurs de fonds, je pense qu’il traduit également une réalité de l’engagement professionnel des journalistes en question.

On remarque que le média 7iber n’a pas la prétention de produire une information internationale, les journalistes traitent en très grande majorité l’actualité nationale et se focalisent sur les questions sociales locales. Selon Enrico de Angelis, cet ancrage à l’échelle locale permet aux journalistes de prouver leur activisme politique, de faire entendre leur voix dans le débat national.

Cet engagement dans une voie alternative leur vaut d’être mal perçus dans le milieu professionnel, et ils sont souvent accusés de bâtir un « média négatif » qui n’aborde que des questions sensibles et ne met pas en valeur le pays.

Conclusion

Peu reconnus par la profession, fortement contrôlés par le régime jordanien et accusés d’être plus proches des organisations occidentales que des réalités du pays, les journalistes offrent pourtant une critique d’un modèle social et politique qui trouve un écho auprès de certaines franges de la population. Les journalistes des médias étudiés ont l’ambition de s’inscrire dans le débat public national, ils parlent pour ceux dont on ne parle pas dans la société jordanienne et ils veulent dire ce que beaucoup de gens pensent mais n’osent pas affirmer. En cela, ils contribuent à la formation d’une « arène alternative d’expression » rare en Jordanie, et créent un nouveau format médiatique pour dessiner le visage d’une Jordanie invisible dans les grands médias nationaux mais pourtant bien réelle.

Bibliographie

Pour citer ce billet : Simon Mangon, « Comment informer différemment en contexte autoritaire ? Encadrement de la profession et innovations journalistiques en Jordanie », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), le 20 mars 2018. [En  ligne] http://ifpo.hypotheses.org/7818

Simon Mangon

Simon Mangon est diplômé de l’Institut d’Études politiques d’Aix-en-Provence, journaliste, il a entrepris un travail de thèse qui porte sur la compréhension de l’évolution du journalisme en Jordanie et dans d’autres contextes autoritaires arabes.

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[halshs-01091362] La nuit mamelouke. Contribution à l'histoire du quotidien au Caire et à Damas à la fin du Moyen Âge

Archives ouvertes de l'Ifpo - 26 mars, 2018 - 23:31
En tant qu'objet d'histoire sociale du monde musulman médiéval, la nuit n'a pas suscité jusqu'à maintenant d'intérêt comparable à celui manifesté, depuis de nombreuses années, par les historiens de l'Occident médiéval. Les exemples du Caire et de Damas, étudiés dans cet article à partir des sources narratives, mettent en évidence la réalité complexe d'une ville mamelouke, qui ne peut se réduire, à la nuit tombée, à la peur qu'elle aurait inspirée à ses habitants. Partiellement éclairés, les rues et les marchés étaient fréquentés tout au long de la soirée et pendant une grande partie de la nuit. Loin d'être abandonnée par les autorités, la ville était surveillée et contrôlée, sans pour autant être transformée en espace clos et cloisonné. Commerces, divertissements et circulation contribuaient en effet à prolonger le jour et à faire de l'espace public un lieu de sociabilité nocturne. La nuit, la ville était également investie par le pouvoir politique et les autorités religieuses lors de célébrations qui, bien souvent, prenaient la forme de fêtes populaires, véritables exutoires pour les populations. Par ailleurs, au-delà de ces manifestations publiques, les élites urbaines mettaient à profit la nuit pour parfaire leur rôle social, dans un cadre plus intime, et ainsi dispenser les générosités nécessaires à la consolidation de leur statut. Ainsi, le présent article cherche à dépeindre l'étendue de ces pratiques nocturnes, qu'elles soient individuelles ou collectives, et à mettre en lumière leur importance dans la vie quotidienne des Cairotes et des Damascènes à la fin du Moyen Âge.
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[halshs-00540612] Les fouilles du " Palais de Trajan " à Bosra (2007-2009). Rapport préliminaire et perspectives de recherche.

Archives ouvertes de l'Ifpo - 26 mars, 2018 - 23:16
Trois campagnes de fouilles ont été menées entre septembre 2007 et octobre 2009 dans le dit " Palais de Trajan ", grande demeure urbaine de Bosra, en Syrie du Sud. L'étude architecturale du bâtiment qui a mis en évidence ses éléments remarquables telle une salle de réception de forme triconque, ainsi que la fouille de la tranchée de fondation d'une façade, permettent de dater sa construction de la fin du Ve s. ou du début du VIe siècle apr. J.-C. Mais c'est sur le bain privé qui occupe une partie importante de la maison que la fouille s'est principalement concentrée. Ce petit ensemble s'est révélé trop complexe et luxueux pour n'avoir eu qu'un usage domestique et cette observation vient à l'appui des autres éléments distinctifs qui soulignent le caractère palatial de cette maison. L'aménagement de ces bains et les rares éléments de décor retrouvés laissent penser que le Palais de Trajan a été occupé depuis son édification à la fin de l'Antiquité jusqu'à son abandon à la toute fin de l'époque omeyyade par un riche notable chrétien.
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[halshs-01736791] La divinité h-KTBY/hn-’KTB en Arabie du Nord-Ouest et en Jordanie du Sud

Archives ouvertes de l'Ifpo - 26 mars, 2018 - 23:10
L'article reprend l'analyse de la divinté KTBY à la lumière des nouvelles découvertes à wadi Ramm (Jordanie)
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[halshs-00925264] Réseau, pratiques et pouvoir(s) au début du XIVe siècle. L'exemple de Karīm al-Dīn al-Kabīr, un administrateur civil dans le système mamelouk

Archives ouvertes de l'Ifpo - 9 mars, 2018 - 17:41
Le troisième règne d'al-Nāṣir Muḥammad (1310-1341) est généralement considéré comme un tournant politique de l'histoire politique du sultanat mamelouk. Le retour au pouvoir du fils de Qalāwūn s'accompagne en effet d'un certain nombre de réformes économiques et institutionnelles propices à la consolidation et à l'expansion de la maison et du domaine privé du sultan. Alors qu'au cours de ses précédents règnes, son autorité avait été réduite et son pouvoir contrôlé par les grands émirs, al-Nāṣir Muḥammad instaure à partir de 1310 de nouvelles pratiques dans l'exercice du pouvoir qui entraînent l'émergence d'une véritable société de cour dans laquelle la faveur du prince devient le moteur principal de la promotion des individus, qu'ils soient militaires ou civils. On assiste dès lors à l'ascension fulgurante et à l'enrichissement de puissants administrateurs civils au sein de l'État mamelouk. L'un d'entre eux, Karīm al-Dīn al-Kabīr, l'intendant des domaines privés du sultan apparaît comme un rouage essentiel du pouvoir restauré d'al-Nāṣir Muḥammad. L'étude de sa carrière et des prérogatives qu'il s'arroge sont au centre de cet article. L'analyse de ses relations avec le sultan et avec les grands émirs du royaume, nous permet en effet de mieux comprendre les mécanismes du sultanat mamelouk et, in fine, de mieux questionner la réalité d'un pouvoir - celui d'al-Nāṣir Muḥammad - bien trop souvent dépeint comme absolu.
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[halshs-01696870] Miracles et apparitions de la Vierge au Liban : la preuve par l’Autre

Archives ouvertes de l'Ifpo - 9 février, 2018 - 04:25
Le 21 août 2004, Bichû'ât, un petit village maronite de la Bekaa (Liban) est le théâtre d'un miracle de la Vierge. Dans les semaines qui suivent l'évènement, un pèlerinage interreligieux et interconfessionnel important se met en place : dévots chrétiens (maronites, melkites, grecs orthodoxes et arméniens) et musulmans (chiites et sunnites) s'y déplacent en masse. La presse parlera d'un million de pèlerins entre août 2004 et janvier 2006. Cette présentation n’aborde que de façon marginale les dimensions politiques et touristiques du pèlerinage vers Bichû’ât pour s’intéresser plus spécifiquement à la relation interreligieuse qui se crée à cette occasion. Il propose, plus précisément, de porter un regard à la croisé des deux liens, vertical et horizontal, qui se forment dans ce sanctuaire marial en montrant que dans le dispositif catholique maronite de mise en présence de la mère de Jésus, l’Autre, le « musulman » joue un rôle central. Il représente un point d’appui fort pour construire la présence de la figure de l’invisible. Dans le procès qui est fait aux miracles et apparitions de la Vierge, il constitue, en quelque sorte, une preuve « d’authenticité ».
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